Association Compostelle - Cordoue


Pourquoi Compostelle et Cordoue ?

L’homme est pèlerin sur la terre, sa vocation est de se mettre debout et de marcher
c'est « l’esprit de Compostelle ».
L’homme est un être de relation, destiné à « vivre ensemble » avec ses semblables de cultures différentes :
c’est « 
l’esprit de Cordoue »

Marcher, Dialoguer, Comprendre


 


Palestine

Un ou deux Etats ?

Depuis des années la solution à deux Etats Israélien et Palestinien semble avoir été choisie par tous ceux qui cherchent à ramener la Paix au Moyen Orient. Quelques voix s'élèvent cependant pour appeler à explorer une autre solution. Ces populations issues dans leur majorité de racines communes ne pourraient-elles pas vivre avec d'autres structures administratives. L'Etat, le Etats ne doivent-ils pas être conçus pour le bonheur des peuples et non les peuples " utilisés " par des organisations qui leur imposeraient des strucures " invivables " ? Compostelle-Cordoue est une association franco-suisse. La Suisse bénéficie d'une organisation administrative originale. Peut-elle servir de modèle. Alain Simonin, président de l'association apporte ici des éléments de réflexion.

Palestine-Israël : Un seul ou deux Etats ?

Commençons par établir des droits et une sécurité pour tous

 

Israël est un état parlementaire démocratique fort, qui a réussi à s'imposer rapidement dans le concert des nations. Sauf dans les pays arabes où l'attitude des gouvernements a toujours oscillé entre rejet et alliance, sans parler de l'Iran qui vous Israël aux gémonies depuis la révolution chiite de 79. Les frontières d'Israël sont ouvertes à tous les personnes juives de la planète. Mais pas aux arabes, qui étaient pourtant chez eux en terre palestinienne et que la guerre de conquête de 48 a chassés et installés dans des camps. Ils sont aujourd'hui 4,5 millions de réfugiés apatrides dont 1'304'699 dans des camps en Cisjordanie, Syrie, Liban et Jordanie. Les arabes musulmans, descendants de ceux qui étaient restés en terre conquise, sont aujourd'hui 1,8 millions en Israël (20,8 %), installés principalement dans le nord du pays. Citoyens d'Israël, avec 13 députés (sur 120) à la Knesset, ils sont pourtant victimes de nombreuses discriminations, notamment l'accès à la propriété et à l'eau. En allant vite on pourrait dire que l'Etat juif, voulu par une partie du mouvement sioniste à la fin du 19me siècle, a réussi son pari de constituer une terre du refuge pour un peuple fortement discriminé tout au long de son histoire, puis volontairement exterminé pour 6 millions d'entre eux en 39-45. Qu'il a réussi a intégré dans un état démocratique une diversité incroyable de peuples sous le chapeau d'une appartenance religieuse commune : le judaïsme. Mais cette victoire est partielle, puisque, environ la moitié du peuple juif réparti dans le monde n'a pas rejoint le nouvel Etat et que cette diaspora persistante relativise en quelque sorte l'exclusive d'un état protecteur et sécuritaire en terre palestinienne. Victoire contestable également au vu du développement des discriminations mentionnées tant à l'intérieur d'Israël que dans les territoires occupés. L'option sécuritaire à tout prix et les implantations illégales ont, depuis la mort d'Yitzhac Rabbin, mis ce jeune état prometteur au banc des accusés par une grande partie des nations. Les raisons de cet échec partiel réside sans doute dans la contradiction majeure du refus de la laïcité et de l'identification de l'état au judaïsme, ce qui n'était d'ailleurs pas le voeu Théodore Herzl[1]. On peut alors aisément comprendre que son pire ennemi soit un autre état dont l'identité est exclusivement religieuse : l'Iran.

 

L'Etat palestinien, de son côté, n'est pas encore reconnu comme tel par tous les membres de l'ONU (70% l'ont fait). Il est dirigé par l'Autorité palestinienne pour la Cisjordanie et par le Hamas pour Gaza. Son statut politique et juridique n'est pas établi de façon cohérente, plusieurs institutions héritées de son histoire formant un ensemble composite. L'Autorité palestinienne s'est considérablement affaiblie depuis la victoire du Hamas en 2006, mouvement issu des Frères musulmans, qui prône la destruction de l'Etat d'Israël et l'instauration d'un État islamique palestinien sur tout le territoire de l'ancienne Palestine mandataire. L'Autorité palestinienne a également montré son impuissance à gouverner pour le bien de son peuple, laissant s'installer une corruption galopante et une certaine indigence dans le domaine administratif, de la santé, et même de la gestion de l'eau. On voit ici que le processus de constitution d'une identité palestinienne, lancée courageusement par le premier leader d'envergure, Yasser Arafat, n'a pas pu débouché sur la création d'un état reconnu autant par son propre peuple que par la communauté internationale dans son ensemble. Ici les raisons de cet échec sont probablement dues, comme dans beaucoup de pays arabes, par l'immaturité de la culture démocratique et par une posture encore trop axée sur le ressentiment, sur le besoin de vengeance qui a fait suite à ce que les palestiniens ont appelé la Nakba (la catastrophe), et sur le droit non négociable au retour des réfugiés de 48.

 

La configuration actuelle de la Palestine cisjordanienne pose également de redoutables problèmes si l'on envisage la création d'un Etat palestinien sur un territoire homogène. La Cisjordanie est en effet occupée par Israël depuis la guerre des six jours. Elle est divisée en trois zones de gouvernance différenciée depuis les Accord d'Oslo. 2,7 millions d'arabes palestiniens y vivent dans des villes et bourgades représentant moins de la moitié du territoire (zone A et B). Mais 500'000 colons se sont installés illégalement dans la zone C tout autours des foyers palestiniens. Enfin un mur (commencé en 2002) de 730 km sépare Israël de la Cisjordanie. Une carte de la division du pays en trois zones démontre au premier coup d'oeil le mitage actuel du territoire palestinien qui rend pratiquement impossible la création d'un Etat autonome.

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carte réalisé par H.Amiot Les Clés du Moyen Orient

 

Dès lors poser la question de l'avenir d'Israël-Palestine en terme de création d'un ou deux états semble caduque.

 

Un état fédéral est-il envisageable ?

 

J'ai entendu parlé pour la première fois de l'idée d'un « état fédéral » en Israël-Palestine par la voix du Sari Nusseibeh. Président de l'Université arabe de Jérusalem-Est, cet intellectuel issu d'une grande famille palestinienne, m'avait marqué par son récit « Il était un pays, une vie en Palestine » (JC Lattès. 2008). Dans son dernier livre « Une allumette vaut-elle toute notre philosophie ? » (Flammarion. 2012), il évoque l'impasse dans laquelle se trouve tous les protagonistes de ce conflit qui n'en finit plus de créer du malheur chez ces deux peuples : « La solution des deux Etats géographiquement séparés n'est plus réalisable aujourd'hui. Plusieurs raisons expliquent cela. La principale est qu'un fossé s'est creusé entre cette idée et la réalité du terrain. L'Etat palestinien devrait être défini selon la ligne de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale. Or, il y a aujourd'hui 500 000 colons israéliens, vivant en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Cette réalité est difficile à changer. Ce serait fou d'ailleurs de demander à tous ces gens de partir. Les colons ont appris à considérer cette terre comme la leur, des enfants y sont nés. Même chose pour Jérusalem-Est. Il est aujourd'hui impossible d'en faire la capitale palestinienne. Nous sommes dans une impasse. Alors, que faisons nous ? Si nous laissons faire, les choses vont empirer. Peut-être pouvons-nous partir de l'existant et transformer une situation mauvaise en quelque chose de bon ? » (Le Monde 23 .2. 2012)

 

« Il ne s'agit pas de la solution d'un seul Etat, car, malheureusement, ni les Israéliens ni les arabes ne le désirent. Chacun veut son propre cadre politique. Donc, la question à un million de dollars est celle-ci : ne pourrait-on pas imaginer, dans le futur, deux Etats coexistants au sein du même pays ? Deux peuples vivants sur un seul territoire mais liés à deux ordres politiques différents. Soit, un condominium dont les fondements seraient l'égalité entre les deux peuples et la liberté, pour chacun. Deux principes qui constituent le fondement moral et éthique de n'importe quel Etat. Il s'agirait d'une forme particulière de fédération (...) Ensemble, les deux Etats géreraient ainsi les domaines importants pour les deux peuples comme le tourisme, une source importante de revenu, l'eau, ou l'électricité, etc. Ce schéma serait reproduit au niveau local dans les villes dont la population est mixte, comme Haïfa ou Nazareth, où certains domaines seraient gérés en coordination et d'autres séparés, comme les fêtes religieuses (...) Il faut désormais sortir de ces prisons mentales et nous poser la bonne question : A quoi sert un Etat ? Quel est son but ? De mon point de vue, l'Etat est un moyen et non une fin en soi. Il est un outil pour nous donner une vie meilleure : travailler, envoyer nos enfants à l'école, enrichir nos vies. Si nous sommes d'accord avec cela, cette solution ne peut pas être un problème. Paradoxalement, Je pense qu'à l'avenir, cette idée pourrait attirer davantage de personnes que la solution des deux Etats géographiquement séparés. Je pense à tous ceux pour qui la notion de territoire est plus importante que celle d'Etat. Comme... la droite israélienne et les colons ! mais aussi du côté palestinien, les réfugiés qui ont dû quitter leur maison et rêveraient de revenir. Avec deux Etats séparés, la question du droit au retour des réfugiés palestiniens est impossible à régler. Alors que le condominium ouvre des possibilités jusqu'ici inexplorées » (La Vie automne 2016)

La Confédération Helvétique : un exemple ?

Je suis citoyen de Suisse, une Confédération depuis 1848, créée suite à une guerre de religions opposant les cantons catholiques aux cantons protestants (guerre du Sonderbund), qui a inscrit dans sa constitution la souveraineté de 26 cantons. Chacun de ces cantons a sa propre constitution, sa propre justice et son propre gouvernement, législatif et exécutif, élu tous les quatre ans, responsable des questions de santé, éducatives, culturelles, judiciaires, économiques, d'urbanisme et de logement. Ce niveau administratif et politique, propre aux 26 cantons, s'emboîte, au niveau fédéral, dans un collège exécutif de 7 conseillers fédéraux (ministres), qui gère les mêmes questions à un niveau supérieur dans le cadre de la constitution fédérale. Ce Collège gouvernemental est redevable de ses décisions devant les deux chambres législatives : le Conseil national (200 membres affiliés à des partis politiques divers et le Conseil des Etats (deux représentants par canton). Un tribunal fédéral constitue le troisième pouvoir au niveau fédéral. Cet emboîtement législatif et décisionnel aux trois niveaux de réalité vécue : communal, cantonal et fédéral, assure une gestion politique différenciée, qui peut ainsi tenir compte de la diversité culturelle et économique que vivent les populations des régions alémanique, romande, et italienne ainsi que celle des 26 cantons. A cet emboitement s'ajoutent, durant l'année, de nombreuses votations par le biais d'initiatives ou de référendum, qui permettent au peuple de se prononcer sur des sujets divers. Des campagnes d'affichage fleurissent alors dans tout le pays, illustrant les opinions des partis ou des groupements d'influence à l'aide de caricatures et de slogans qui frisent parfois l'outrance (le vote sur l'interdiction des minarets ou sur l'imposition des entreprises). Ce système fédéraliste a assuré à ce petit, depuis 150 ans, une paix durable, qui a permis à une diversité de langues (allemand, français, italien, romanche), de religions, de cultures, de niveaux économiques, de cohabiter et de se développer, à la suite d'une longue période historique faite d'alliances économiques, culturelles et militaires successives (première alliance fondatrice en 1291). Ce sont donc 26 cantons qui expriment l'unité de cette Suisse confédérale, des identités locales et régionales multiples se combinant avec une identité nationale bien vivante (Fête nationale du 1er août, Fête fédérale de lutte, victoires sportives, fierté d'une démocratie participative) . C'est le miracle helvétique ! Non pas un Etat bi-national, mais 26 fois national...

Ce type de démocratie parlementaire fédérale pourrait-il constituer un exemple pour un autre petit « pays », comme Israël et la Palestine ? Ces deux territoires ont des surface approchantes (CH : 41'000km2, Israël/Palestine : 26'000km2) et des populations voisines en nombre (CH 8 millions, IS/PAL 12 millions).

 Mais les différences sont toutefois importantes : J'en vois deux essentielles :

–    La constitution de la Suisse fédérale s'est jouée sur une très longue période (environ six siècles) par un processus continu d'alliances concédées entre états autonomes, sur la base d'intérêts économiques convergents. Même si des conflits entre cantons, notamment religieux et économiques, ont été importants, ces alliances se sont consolidées par une défense commune face à divers ennemis aux frontières (allemands, autrichiens, français). Ce n'est pas le cas d'Israël/Palestine. Il n'y a pas d'ennemi commun sur une longue période, de plus les deux entités sont « nées » non pas d'une convergence d'intérêts mais bien au contraire, osons le dire, d'une conquête militaire de l'un par l'autre (Guerre de 48), à laquelle ont succédé des mouvements de populations massifs (près de 800.000 déportés de part et d'autre).

–    Pour la Suisse, le substrat culturel, dans lequel se sont constituées ces alliances, est fait de différences importantes entre des cultures d'inspiration germanique et latine. Mais l'Europe, tout autour de la Suisse, a constitué une référence culturelle commune. Il existe toutefois en Suisse, un « murs » imaginaire fait de préjugés bien encrés dans les consciences, entre la minorité latine (cantons francophones et italiens) et la majorité germanique (cantons de dialectes germaniques). On l'appelle le « rösti graben ». Il faut savoir que les enfants des cantons francophones sont éduqués dans une certaine crainte des « staubirnes » (plutôt graves, travailleurs et rigides) tandis que les petits suisses allemands apprennent à regarder de haut les « welches », plutôt légers, dépensiers et superficiels. C'est dans le résultats de certaines votations qu'on peut visualiser ce « mur » symbolique, qui sépare parfois explicitement deux mentalités différentes. En Israël/Palestine, le fossé culturel parait beaucoup plus important entre des arabes que les préjugés taxent de plutôt indolents, peu fiables, peu combattifs, peu instruits, méditatifs et des juifs que les préjugés taxent de cultivés, travailleurs, inventifs, intransigeants, obnubilés par la loi et la sécurité à leur profit. Ainsi une ville comme Acre a vu sa population arabe se séparer géographiquement toujours plus de sa population juive, la première demeurant dans la ville ancienne tandis que la seconde s'est déplacée vers les nouveaux quartiers. Comme si le vivre ensemble n'était plus possible. La constitution toujours plus forte, depuis l'émergence de l'OLP puis le renforcement de l'Autorité palestinienne, d'une identité palestinienne, a également accentué la séparation entre juifs et arabes même à l'intérieur d'Israël[2]. Le mur (de pierre et de ciment) qui sépare aujourd'hui ces deux peuples est devenu la réalité et le symbole que les préjugés, associés à la la peur, le mépris, voire la haine, peuvent séparer cruellement deux peuples qui avaient pourtant, il n'y a pas si longtemps, tout en commun.

On peut par contre retenir de l'expérience helvétique d'une part la notion d'intérêts comme processus d'alliance. S'associer, non pas sur la base d'une idéologie, mais parce qu'on partage des intérêts communs, principalement économiques et sécuritaires, favorisant un développement convergent. Ne peut-on pas penser qu'aujourd'hui le peuple palestinien et le peuple d'Israël n'aspire qu'à une chose : une paix sécurisée pour circuler librement et développer des relations économiques contribuant au développement de chaque entité. D'autre part la notion de représentativité régionale associée à des institutions politiques différenciées. Ces gouvernances régionales (les cantons) ont permis à la Suisse de faire de ses différences de religion, de langue, de culture, de niveau économique, non pas des obstacles irréductibles, mais des atouts pour son développement.

 

L'indispensable démarche préalable de rapprochement et de réconciliation dans un contexte de droits et de sécurité reconnu par tous

Il n'y a pas de paix sans l'établissement de droits reconnus pour tous par des institutions stables, ni sans l'instauration d'une sécurité qui les protège. Par où faut-il commencer ? Sans aucun doute par l'établissement de droits dans tous les domaines du vivre ensemble et pour toutes les populations qui résident sur cette terre commune. Une terre à laquelle sont viscéralement attachés ces deux peuples, pour des raisons historiques et culturelles. Les pays arabes ne pourront pas contester l'exigence sécuritaire d'Israël si celui-ci accorde à tous les citoyens de cette terre commune les mêmes droits. Et le plus essentiel de ces droits est sans conteste, la liberté de déplacement et de résidence. C'est le propos, on l'a vu, de Sari Nusseibeh : commencer par établir des relation entre juifs et arabes pour gérer les problèmes liés à la vie quotidienne : « l'Etat (garant du droit)est un moyen et non une fin en soi. Il est un outil pour nous donner une vie meilleure : travailler, envoyer nos enfants à l'école, enrichir nos vies ». De chaque côté les populations en ont assez de cette guerre meurtrière dont l'issue n'appartient plus à leurs perpectives de vie. Elles veulent la paix pour construire un avenir pour leurs enfants.

Lors de notre marche-rencontre, nous les avons rencontrés ces personnes, ces groupes, qui n'ont pas peur de faire de leurs différences un atout pour construire et se développer. Le village de Neve Shalom/Wahat as-Dalam près de Jérusalem, où juifs et arabes vivent ensemble et éduquent leurs enfants à la coexistence dans la différence. L'Abraham Fund Initiatives, à Jérusalem, qui a initié l'enseignement de l'arabe dans des écoles juives et rendra à terme obligatoire cet enseignement dans toutes les écoles israéliennes. Les Maisons chaleureuses de l'association Beit Ham,à Jérusalem, qui ont pour but de créer un cadre sécurisant dans les quartiers précarisés des grandes villes, entre jeunes juifs et arabes, entre jeunes juifs des différentes vagues de migration. L'ONG Middle East Nonviolence and Democracy (MEND), initiée par Lucy Nusseibehà Jérusalem Est,qui a créé un réseau de centres actifs de non-violence en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Pour lancer cette sensibilisation à la non-violence, MEND tente une manière non conventionnelle d'entrer en contact avec la société palestinienne. Elle travaille donc spécifiquement avec des jeunes et des femmes souvent défavorisées dans la société civile palestinienne.

On voit bien ici qu'il n'est plus question prioritairement de délimiter des frontières improbables pour deux Etats enfermés dans leurs prérogatives, qui risqueraient de demeurer longtemps encore des ennemis irréductibles. Il s'agit de commencer par le commencement : accepter que cette proximité de fait entre juifs et arabes (que ce soit en Israël ou en Cisjordanie), soit sanctionnée par l'établissement de droits communs pour tous, et d'abord celui de se déplacer librement, afin de gérer ensemble les problèmes quotidiens : eau, électricité, transport, tourisme, pour que l'économie puisse se développer dans l'échange des prestations de chacun. D'autres problématiques seraient gérées séparément, comme les questions religieuses ou culturelles. Cette volonté de rapprochement suppose qu'on laisse de côté la victoire idéologique d'un Etat sur l'autre. Le primat sécuritaire essentiel pour Israël resterait de sa gouvernance, sachant que l'établissement de droits communs pour tous, notamment la liberté de déplacement, serait un gage de justice et de reconnaissance pour les pays arabes limitrophes. On pourrait ainsi être autoriser à penser que des initiatives de rapprochement puissent naître localement ou régionalement, reliant en réseau, des villes et des villages non pas sur une base identitaire mais sur une base d'intérêts convergents. Bousculant ainsi la construction du mur ou, pourquoi pas, sa destruction progressive.

L'exemple du village de Battir à 5 km à l'ouest de Bethléem en est le symbole. Petit village palestinien de 4000 habitants, il jouxte le mur entre Israël et la Cisjordanie, et le ministère israélien de la défense a menacé de le couper en deux par l'extension du mur. Mais, inscrit depuis 2014 au patrimoine mondial de l'Unesco pour la richesse de ses terrasses cultivées et de son réseau d'irrigation, ses habitants juifs et palestiniens se mobilisent pour défendre leur site. Début 2015, la Haute Cour de justice israélienne gèle les plans du ministère de la défense. La mairie et la population se lance alors dans un programme de développement touristique « Battir 2020 », avec hôtels, restaurants, artisanat traditionnel, circuits de randonnées. 150'000 visiteurs sont passés par là en une petite année[3].

Deux peuples, dont les gouvernants s'évertuent à s'ignorer l'un l'autre, pire à faire régner la peur et le mépris de part et d'autre, oseraient-ils franchir le pas d'apprendre à se connaître ? À se reconnaître dans leur histoire propre, faite des deux cotés de souffrance et de fierté mais aussi de défis à relever. Le Dr palestinien Izzeldin Abuelaish, qui a perdu trois de ses filles lors de l'opération « Plomb durci » à Gaza en 2009, n'écrivait-il pas :

« Faisons en sorte qu'une génération nouvelle adopte comme projet l'avancement de la civilisation humaine (...) Au lieu de construire des murs, construisons des ponts pour la paix. Le mal -notre ennemi- c'est l'ignorance de l'autre. C'est juger les autres sans rien savoir d'eux, c'est la porte ouverte aux tensions, à l'inquiétude, à la méfiance, aux préjugés. Il s'agit d'une grave erreur. Nous devons être suffisamment ouverts aux autres pour vouloir les connaître, prendre le temps de leur poser des questions simples : Quelles sont vos traditions ? Que faites-vous dans la vie ? Parlez-moi de votre famille ... nous verrons alors à quel point nous nous ressemblons » (« Je ne haïrai point. Un médecin de gaza sur les chemins de la paix ». J'ai lu 2011)

Pour que se réalise ce mouvement de rapprochement entre israéliens et palestiniens, au niveau local ou régionale, pour établir progressivement des droits et une sécurité pour tous par le partage de tâches administratives communes, il nous faut, nous aussi, les alliés d'Israël autant que de la Palestine, mobiliser avec conviction et arguments, tous les modérés de part et d'autre de la Méditerranée[4]

Alain Simonin

Marcheur en Palestine et Jérusalem

Genève, mars 2017

 

 

 

 



[1]Sur la légitimité d'Israël, voir notamment Avraham Yehoshua : « Israël : un examen moral ». Calmann-Levy.2005

[2]Voir Suha Sibany : « Les arabes d'Israël : une minorité nationale palestinienne ? ». Institut Franz Fanon. Mars 2014

[3]Voir Le magazine du Monde. 15 oct 2016

[4]Voir l'appel de l'intellectuel libanais Samir Frangier, ami de Compostelle-Cordoue

 

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