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Le canard est toujours vivant

C'est sous ce titre que Matthieu nous a communiqué le récit de son périple de Tripoli, au Liban, à la frontière jordanienne via une nouvelle incursion en Syrie. Récit contrasté d'une réalité complexe avec en points d'orgue des moments de profonde amité et de solidarité avec Christine et ses amies à Beyrouth, avec Michel l'Arménien et son épouse Armenia, avec Lujaïna, son hôtesse bienveillante à Damas, mais aussi la peur pendant une journée surréaliste où il se voit ballotté d'une escorte soldatesque à une autre avant de poser sa tente à l'orée d'une zone militaire, et surtout la paix profonde et régénératrice de Mar Musa. Ses paroles "Toute la pression, toute l’émotion, toute l’agitation mentale s’est calmée. Je comprends que l’on puisse vraiment y demeurer." ne sont pas sans nous rappeler ce conseil de Nicolas de Flüe aux autorités bernoises : "Recherchez la paix avant toute chose car la paix est toujours en Dieu, la paix est Dieu." Le père Paolo Dall'Oglio et la communauté de Mar Musa incarnent cette dimension divine si profondément humaine au cœur de la Syrie déchirée.

 

 

Bonjour à tous,

 

Arrivée au Liban

Arrivée au Liban au détour d’une plaine côtière avec la présence imposante de la montagne qui domine le paysage. On est aussi surpris par l’activité et l’importance du phénomène urbain et le trafic intense des véhicules. Paradoxalement les uniformes de militaires et les véhicules blindés de petite dimension présents dans les carrefours sont beaucoup plus visibles qu’en Syrie. Peut-être est-ce dû à la présence de la frontière syrienne ou au besoin de contrôler une région marquée par la présence du Hezbollah très actif dans la région de Tripoli.

 

Le temps semble se couvrir ; les nuages s’accrochent sur le flanc des montagnes. Un des aspects qui marque également le paysage est un habitat très bétonné et peu aligné qui donne parfois une impression de désordre voire d’anarchie. Après cette première incursion en Syrie, la tension se relâche et je ressens un sentiment de fatigue. L’Hôtel Palace de Tripoli, qui autrefois a certainement dû être un magnifique hôtel, est impressionnant à la fois par ses dimensions et par la hauteur du plafond, mais il n’est plus entretenu et un lent délabrement le rend à la fois suranné et attachant et nous rappelle également le temps des splendeurs d’il y a 50 ans et plus. C’est malgré tout un bon endroit pour se détendre et parler français avec le patron ; il offre aussi l’avantage d’un prix abordable au regard des prix locaux qui grimpent de manière exponentielle en comparaison avec les tarifs de la Syrie. Ici la monnaie est convertible en USD et les prix vont avec. Au Liban, on peut aussi constater des services publics assez déficients. Les coupures électriques sont très fréquentes. Le réseau internet est d’une extrême lenteur…

 

Pluie et lumières

Une grosse dépression amène des trombes d’eau durant plusieurs jours ; si on a l’impression de patauger, on découvre aussi des lumières d’une incroyable intensité.

Spéculation et "banditisme"

Les villes et les villages regroupent les communautés. Les petites villes traversées, Batroun et Byblos, sont chrétiennes à plus de 80 %. Au début les oliveraies dominent et puis au fur et à mesure de la densité urbaine, on voit coexister les arbres fruitiers et la culture progressive de la banane –  ce qui me semble un paradoxe compte tenu du déficit hydrique –  mais qui doit être plus lucrative. En revanche, devant la montée de l’urbanisation et la spéculation foncière, on peut se demander si ces bananes pourront résister aux appétits « de patates »  des spéculateurs fonciers de tous ordres qui profitent de l’absence de règlementations d’un état encore fragile et sujet à une corruption endémique.

 

Après un passage près d’une immense cimenterie, le soir tombant, sous une pluie battante,  par besoin d’un toit, je me suis rendu dans un hôtel en bordure de plage. Le prix demandé était astronomique au regard de la médiocrité du lieu ; j’ai finalement pu le ramener à quelque chose de plus acceptable. Et oui ! le pèlerin est parfois confronté à des bandits de  grands chemins dont il faut savoir calmer les appétits.

 

Commerce de charme

Le lendemain, j’ai fait route vers Batroun et Byblos, petite ville assez jolie, anciennement phénicienne, puis romaine, qui a aussi servi de port d’embarquement lors des croisades ; elle est marquée par un habitat ancien très beau, et est devenue aujourd’hui une destination touristique très prisée. La pluie continue, la fatigue et le besoin de sécher mon équipement m’ont amené à différer la marche en direction de Beyrouth. Le soir, j’ai eu la surprise de voir à proximité de l’agglomération un assemblage de night clubs et de casinos  avec de jeunes femmes originaires de Russie et d’Ukraine qui font commerce de leur charme, relayées par la mafia. L’hôtel tenu par Vicki, très chaleureuse et qui m’a fait un très bon prix, est pris en sandwich par deux boîtes de nuits dont les sons assourdissants rendent le sommeil plus agité et discontinu.

 

Beyrouth

Au petit matin, départ de ce lieu servant de lupanar et arrivée à Beyrouth par la rue d’Arménie et la rue du général Giraud ; toujours sous la pluie ! J’arrive vers la place de l’Etoile dont les rues d’accès, fermées par des grilles, sont gardées par des soldats en armes. C’est dimanche. La rue chic, bordée de cafés dignes des Champs Elysées, est fréquentée par les riches Beyrouthins bien habillés dont les enfants vivent leur vie avec les jeux et l’insouciance de leur jeune âge et font la fierté de leur parents. On est en Orient. Ici on vit en famille. C’est un peu acidulé, un peu surfait ; cela me rappelle Disneyland.

Je demande au réceptionniste d’un hôtel de luxe, Jean Jacques, si il connait un hôtel à prix abordable. Il m’adresse, après avoir fait une réservation, à l’hôtel View Port, où il y a quelques chambres très abordables et qui est considéré comme l’hôtel des Français. Présence d’un bouddha a l’entrée. Je m’y  sens bien et vais y rester deux jours pleins.

 

Rencontre avec Christine et ses amies

Le lendemain, jour férié, Christine, une amie de Gabrielle Nanchen, travaillant au CICR, vient me chercher ; elle est accompagnée par une de ses amies, Claire, une Suissesse qui travaille au CICR à Bagdad et qui est de passage à Beyrouth pour quelques jours de détente. On rejoint une autre amie, une  Libanaise. Me voici en vraiment bonne compagnie. Nous allons tous à Batroun. Nous traversons cette petite ville sous la pluie et la revisitons plus tard, sous le soleil, avec Christine, qui est d’une très grande culture et qui connait bien sa région et son histoire et qui partage cela avec nous naturellement et avec passion.

 

Nous sommes allés dans un restaurant au bord de l’eau déguster de très bons poissons et nous avons bien sûr été amenés à parler de la guerre qui a meurtri le Liban durant près de 25 ans, attisée par des politiques et par des doctrines visant à préserver la sécurité d’Israël avec en toile de fond les Etats Unis. Claire a également fait part de son expérience d’un pays meurtri et détruit pour satisfaire des appétits dignes de la doctrine Monroe. Evidemment, la question syrienne a également été abordée. Là aussi on peut se poser la question : « Mais à qui donc profite le crime... ? »

 

Il a déjà été question ci-dessus du haut niveau de corruption qui a fleuri pendant la guerre. Elle comporte divers aspects, notamment les acquisitions immobilières douteuses qui ont profité à certaines familles et clans. Christine et son amie Libanaise ont évoqué des surfacturations pour des services qui n’existent pas. C’est le cas pour l’eau. Autres exemples : le permis de conduire qui peut être acheté, le prix inabordable des appartements, etc. Nous nous sommes quittés après avoir été pris dans les embouteillages. Je suis reconnaissant à Christine, ainsi qu’à Gabrielle qui nous a mis en contact, pour ce bon moment.

 

Le lendemain, jour non férié, achats et ballade dans Beyrouth après avoir parlé longuement sur la situation au Moyen Orient avec Michel, directeur de la collection « Spiritualités » aux éditions Albin Michel.

 

Pension gratuite au Carlton

Reprise de la marche en direction de la vallée de la Bekaa. Après une longue montée le long d’une route extrêmement fréquentée, je suis arrivé à Banthoum, au sommet de la montagne. Là, j’ai eu l’agréable surprise de me voir offrir une chambre au Carlton par le directeur de l’établissement. Je suis vraiment porté par ce voyage !

 

Rencontre avec Charles de Gaule

Au petit matin, passage du col et redescente à Chtoura, porte de la vallée. Arrivé assez tôt, je prends, à l’écart du chemin, un minibus vers Baalbek distant d’environ 25 km. Je suis arrivé, comme me l’avait conseillé André, en fin de soirée : une lumière magnifique, qui descend trop vite à mon goût. A mon retour à l’hôtel, le pharmacien de Baalbek, dont la famille est propriétaire du lieu depuis plusieurs générations, m’attendait. Je lui transmets le salut d’André et nous parlons. Il me fait part de ses sentiments de tristesse et du manque d’affection ressenti du fait de l’éloignement de ses enfants qui vivent en France. Je partage un moment et prend un café avec lui avant de rejoindre la croisée du chemin quitté la veille et de prendre la direction du village frontalier arménien d’Anjar et du site omeyade en ruine évoqué par Gabrielle Nanchen dans son livre, qui a servi de lieu de chasse : un très beau paysage en bordure de la montagne séparant le Liban de la Syrie. A l’orée du village, trois magnifiques voitures blanches attirent l’attention. Je fais la rencontre de Charles de Gaulle qui gère cette activité pour les mariages des riches Arméniens. Cette homonymie de nom de famille a donné lieu à un courrier à un autre général qui leur a répondu ; réponse conservée précieusement par la famille. Le village est un lieu propice pour les grands mariages, d’autant qu’il dispose d’un restaurant pouvant accueillir plus de 300 personnes. Je fais la pose devant un véhicule affublé à l’avant de deux éléphants qui rappellent bien sûr le dieu indien Ganesha ; le véhicule, qui a servi pour les besoins d’un film de fiction, a été conçu par un designer Australien ; l’ensemble, assez moche mais insolite, est pour le moins surprenant dans ce lieu.

La saga de Michel

Le seul hôtel étant d’un prix astronomique, je me vois proposer par Michel, un géant arménien chauve, de loger chez lui. Michel, Arménien d’origine syrienne est une sorte de saga à lui tout seul. Orphelin, militant actif lors de la guerre au Liban, blessé à plusieurs reprises par balles, il a vécu prés de 30 ans en Allemagne et s’est installé en Arménie. Il a fondé une famille avec Armenia, sa femme, qui ne parle qu’arménien et russe ; ils ont une petite fille. Vu le chaos et les pénuries de toutes sortes, ils se sont installés au Liban pour y trouver du travail et pour y passer l’hiver, car en Arménie la température peut descendre jusqu’à moins 30 et, souvent, la mafia étant omniprésente, il n’y a pas de chauffage. Il s’est dit déçu par la froideur des habitants du village et de ses compatriotes qui ne sont ni solidaires ni généreux. Il me fait part du prix astronomique de son loyer : 300 USD la quinzaine. Devant leurs difficultés, je leur ai proposé l’équivalent du prix de la chambre d’hôtel qui m’avait été offerte deux jours auparavant, en souhaitant que cela puisse les aider à passer le cap de leur installation récente dans le village. L’électricité étant coupée à partir de 20 heures dans la région et comme ils ne disposaient pas d’un générateur, nous avons passé la soirée en partageant un repas chaleureux à la lumière de la bougie.

 

Retour en Syrie

Le lendemain au petit matin, juste avant le poste frontière, par un froid cuisant, j’achète un bonnet. Peu de choix : soit des oreilles de Mickey, soit un modèle noir pirate à tête de mort, soit un modèle bleu marine Che Guevara. J’opte pour la troisième solution qui reste la plus discrète. Pour les gants, ce sera un modèle gardien de but. Et puis je me dirige vers le poste frontière libanais et suis une longue route ascendante de plusieurs kilomètres dans un défilé. Le paysage est magnifique. Je ne sais pas si je suis au Liban ou en Syrie. Une affiche de Bachar El Assad  me fait comprendre que je dois probablement être en Syrie.

 

Moments d'émotion et de peur

Soudain je vois arriver au travers d’un bosquet sur la hauteur quatre soldats armés qui me font signe de m’arrêter. Déjà initié, j’explique, je montre mes papiers, j’improvise… Appel radio. Je dois aller voir le capitaine. Encadré, je suis le mouvement. Et puis, changement d’équipe. Nous arrivons à une sorte de clairière avec des nids de mitrailleuses camouflées : un campement. On me propose le maté. Le capitaine appelle au téléphone. L’ordre descend. On a rendez-vous avec le « Kebir ». Retour en arrière. Sur la route, une voiture attend. Garde-à-vous. Salut à l’anglaise. On lève le genou droit et on claque le talon. Un peu tendu, je perçois ce qui pourrait être des supérieurs dans le 4/4. Un ordre fuse. Juste après, les soldats m’expliquent qu’il agissait de trois généraux et me font comprendre la raison pour laquelle ils balisaient.

 

La voiture repart. On revient sur nos pas. Un peu plus loin, prise en charge par un autre uniforme brun et brassard rouge. C’est la police militaire. On marche. Un véhicule s’arrête. Changement  de prise en charge. C’est un lieutenant. La voiture se dirige vers un camp trois kilomètres plus loin. Un poste près de l’entrée du camp. On attend. Un appel radio. Crispation. Il me dit qu’il fait son boulot. Un autre soldat devient un peu gris et me dit « I am sorry ! » On se dirige vers un bâtiment avec deux types bizarres en tee shirt qui me font entrer dans un bureau bien meublé. On attend.  Je vois arriver un personnage, la quarantaine bedonnante, en survêtement mou. Pas un sourire. Il me dévisage des pieds à la tête. Il donne une directive. Je repars dans un autre véhicule, toujours encadré par des soldats. Ils me déposent à la frontière. Je dois vous avouer que j’ai eu franchement la trouille. Je me précipite dans un resto pour manger et repars vers Damas. La route est magnifique. Au loin, j’aperçois un autre poste de soldats. Je vois des blindés dispersés et sous bâche de camouflage. Contrôle. Téléphone. On me dit qu’un général va passer. Le soir arrivant, j’en profite pour demander de l’eau. Un général plutôt agréable accompagné par deux soldats armés et en casque lourd me pose quelques questions et m’indique que je peux partir. Je lui demande si je peux camper. Non ! Pas ici ! C’est un territoire militaire ! Mais à cinq cents mètres c’est bon. C’est ce que je fais…

 

Damas: recueillement sur le tombeau da Jean-Baptiste

Après une nuit sous tente, arrivée a Damas. Journée détente. Ballade dans le souk. Visite de ce joyau qu’est la mosquée omeyade qui abrite le tombeau de saint Jean Baptiste, très vénéré. Je m’y recueille. Un peu plus loin, tombeau de Salah Eddine (Saladin), le grand chef militaire du temps des croisades.

 

Mar Musa: l'énergie bienfaisante de la paix

Le soir, halte à Damas avant de repartir sur An Nebek rejoindre Mar Musa. J’ai commencé à marcher et à sortir de la ville après avoir pris le café avec la responsable d’un dispensaire rencontré dans le bus. Une voiture s’arrête. Le père Paolo, toujours massif et impressionnant, me dit chaleureusement : « Vous êtes Matthieu ? » Ne m’étant pas annoncé, je suis surpris.  « Eh oui ! la sécurité m’a informé de votre arrivée ! » Comme il est occupé, on se quitte et je marche dans un très beau paysage dans le désert pour monter à Mar Musa, ce monastère de pierre du VIIIe siècle, à flanc de montagne, qui abrite l’ensemble de la communauté. Et là, j’ai ressenti une profonde paix. J’y suis resté quatre jours. Toute la pression, toute l’émotion, toute l’agitation mentale s’est calmée. Je comprends que l’on puisse vraiment y demeurer. Je me suis harmonisé avec la communauté et participe aux offices avec beaucoup de bonheur.

Mar Musa émeut, vous prend aux tripes. Cette citadelle de pierre, comme un rocher parmi les rochers, est un lieu particulier. Il se passe quelque chose de physique, inexplicable pour l’instant par des mots. Allez-y ! Pour moi cela reste très intime. On est surpris par l’énergie qui s’y dégage. Et puis cette joie de vivre du père Paolo nous dit qu’il ne faut pas avoir peur de la tendresse ; ce qui détonne dans cette carcasse de rugbyman. Les actes précèdent les mots. Je comprends que l’on puisse s’attacher comme un chat à ce lieu, tout en restant responsable et libre.

 

Rencontre avec les pèlerins suisses

Nous nous étions donné rendez-vous ici avec mes amis pèlerins suisses rencontrés à Edirne. Ils ont pris le risque eux aussi de traverser la Syrie et nos retrouvailles dans cet endroit inclinaient à un vrai bonheur de vivre.

 

Offrandes et anniversaire de Paolo

J’ai pu offrir un petit sac d’encens japonais, de la part de la communauté zen et également de Compostelle Cordoue, et j’ai salué leur grand courage et celui de leurs actes dans ce pays si déchiré. J’ai eu l’occasion de participer à l’anniversaire de Paolo avec la communauté. Il s’est déroulé a Kar Theine, monastère second de la communauté, à soixante kilomètres en direction de Palmyre.

 

 

Info ou intox?

Depuis, j’ai appris par Sébastien, un des résidant du monastère, que France 24  avait annoncé aux nouvelles, le lendemain de mon passage, que le village avait été bombarde par l’aviation syrienne. Après renseignements pris par téléphone auprès de Jacques, le responsable du lieu, cette nouvelle s’est avèrée entièrement fausse et je doute fort qu’un démenti ait été apporté.

 

Une boîte en alliage de cuivre

J’ai quitte Mar Musa avec Lujaïna pour aller, en partie en bus, à Malula, le dernier village de Syrie dont les habitants parlent encore araméen, une des langues, avec le grec et la langue indienne qui a précédé le sanscrit, des inscriptions trouvées sur le pilier d’Asoka découvert en Afghanistan en 1958 et datant de 250 avant Jésus-Christ. Nous nous sommes quittés. Lujaïna m’a offert une jolie boîte en alliage de cuivre pour y brûler de l’encens. Curieusement cette boite réunit le dessin du lotus, sur les bords, et un poisson, symbole des premiers chrétiens, sur le couvercle. C’est un peu une partie de mon histoire spirituelle. Nous avons convenu de nous revoir à Damas.

 

Joseph

A Malula, magnifique village construit en partie sur des rochers, j’ai été accueilli par Joseph qui me prend en charge, me propose de laver mon linge, m’informe des facilités et des messes prévues, et me fait participer à l’anniversaire du père Matta (Matthieu) dont c’est la fête selon le rite orthodoxe. Le soir, je rencontre à nouveau nos amis pèlerins suisses. Je participe à la messe du lendemain et me propose de partir vers Saidnaya qui est également la destination de Joseph. La mère supérieure du couvent, Pelagia, forte personnalité, qui connait personnellement le président Bachar Al Assad, me signe ma crédentiale. Et puis Joseph m’informe d’un changement de programme.

Je pars et je le vois à l’arrêt du bus. Il prend un air de passe muraille et m’informe que la mère supérieure lui a dit de me laisser partir seul. Je l’ai senti gêné. Il ne me parlait plus afin de tenir sa promesse, en bon chrétien orthodoxe. Tiens ! La veste en cuir et les lunettes Rayban me font penser à quelque chose de connu !… Là, je me rends compte qu’il fait partie de la Sécurité. J’en ai oublié mon bonnet dans le bus. Il m’a amené vers ma destination, Notre-Dame de Saidnaya, qui servait de pèlerinage bis a Jérusalem lorsque les croisés n’avaient plus accès a Jérusalem au temps des croisades. Joseph organise mon hébergement. Je l’invite au restaurant où nous sommes rejoints par nos amis suisses du chemin.

 

Palmyre, terre bénie par les moines d'Asoka, terre d'opposition

Le lendemain départ en bus pour Palmyre, une magnifique oasis aux portes du désert, point d’entrée vraisemblable des missionnaires bouddhistes du roi Asoka en 250 avant JC, d’où ils sont partis rejoindre, certains la Macédoine, d’autres Antioche et d’autres Alexandrie, but final de mon voyage. Seul touriste, je découvre ce lieu magnifique. J’y recueille un peu de terre. Le soir j’ai pu converser avec certains villageois et j’ai pu me rendre compte que j’étais en terrain d’opposition au gouvernement actuel. On m’a proposé de voir les manifestations qui ont lieu tous les soirs. Je n’ai pas donné suite, trop méfiant d’une manipulation.

  

Lujaïna ou la bienveillance

Je suis rentré sur Damas le lendemain en début d’après-midi en ayant pris contact avec Lujaïna qui m’a invité dans sa famille. Lujaïna est une jeune avocate chrétienne orthodoxe, très attachante, généreuse, énergique et jolie, avec un grand sens de l’humour. Soucieuse du bon déroulement de la fin de ma marche en Syrie, elle m’a organisé, en prenant contact avec ses amis, tout le chemin, assez dangereux, de la route sud en direction de Darra, berceau de la contestation. Elle m’a appelé plus de trois fois par jour pour savoir où j’en étais, etc. Elle m’a appris, très émue, au bord des larmes, que le père Paolo était frappé d’expulsion. J’ai immédiatement relayé l’information auprès de nos amis de Compostelle Cordoue. Je suis moi aussi très attristé.

 

Une chienne qui veille sur ses petits et qui est prête à mordre

Sur la route sud, j’ai passé la première nuit sous la tente, la deuxième nuit chez un évêque et la troisième nuit dans un hôtel 4 étoiles sans chauffage et sans eau chaude, la douche ayant été prise dans les locaux du personnel de maintenance ; quant au repas, il a été organisé par le comptable dans une sorte de fast food de Deraa. Le matin, je suis arrivé à bon port. Je vous envoie la dernière photo prise en Syrie : une chienne qui veille sur ses petits et qui est prête à mordre. C’est ce que je ressens de la situation entre les diverses communautés. Je développerai la prochaine fois. Demain je vais aller sur Petra.

 

Bon ! J’ai assez écrit. La suite la prochaine fois.  BZZZ BZZZ

 

Matthieu / Amman, Jordanie

 

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Marche vers Assise

Du samedi 21 septembre au dimanche 29 septembre 2013.

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COMPOSTELLE-CORDOUE, Marche et Rencontre

L'ouvrage collectif, COMPOSTELLE-CORDOUE, Marche et Rencontre vient de paraître aux Editions Saint-Augustin.

Voir la présentation de l'ouvrage dans la rubrique "Lecture".

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