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Welcome in Egypt!

Arrivé à Alexandrie le 7 février, Mattthieu relate son périple de Gaza à Alexandrie, dans le désert, le froid et l'humidité, de contrôle de police en contrôle de police. Accueil paradoxal empreint de courtoisie, de défiance et de souci de le protéger dans ces zones très militarisées. Vu la rareté des points de ravitaillement, il s'alimente surtout de dattes et de corn flakes. Au passage, il se réjouit de pouvoir admirer et photographier oiseaux, mouvements de charrettes et agriculteurs dans les palmeraies et relate ses rencontres avec policiers, soldats, ouvriers, réceptionnistes et autres personnes qui l'accueillent, lui indiquent le chemin, l'invitent pour un thé ou une soirée... Un soir il demande à son hôte à quelle distance il est d'Alexandrie et apprend qu'il s'y trouve. L'heure est désormais au séchage, au lavage et au repos. Nouvelle étape de vie, nouvelle posture... Reconnaissance pour tous ceux qui l'ont soutenu pendant les 262 jours de sa marche de Paris à Alexandrie.

 

Arish

Peu après avoir passé à Rafah et avoir été accueilli par Smain, le jeune palestinien qui faisait ses études à l’université et qui rendait visite à ses parents vivant à Gaza, j’ai rejoins Arish, la ville la plus importante de la région avec son université du Sinaï. Arish est une petite ville localisée le long de la côte. J’ai trouvé un hôtel très modeste où j’ai sympathisé avec le réceptionniste. Bon musulman, il m’a communiqué une brochure donnant quelques exemples de conversion d’occidentaux, dont Cat Stevens qui a bercé mes jeunes années. Pour être franc, je l’ai parcourue distraitement.

 

A l’orée du désert

Le lendemain j’attaque la marche le long de la côte, prêt à affronter le désert que j’avais longuement examiné avant de partir. Le parcours est « marchable » avec, tout au long, des points d’arrêt me donnant la possibilité de me ravitailler et de renouveler ma réserve d’eau. Je traverse la ville endormie et m’aperçois que la route est jonchée de flaques d’eau : il a dû pleuvoir toute la nuit. Un vrai déluge dont je découvre les effets ce matin, trop heureux d’avoir évité une nuit sous tente. Le temps est agréable. Je longe la mer que j’avais vue pour la dernière fois pendant mon périple le long des côtes libanaises.

Welcome in Egypt !

En route, je vois des blindés en position, des check points de contrôle de véhicules. Après quinze kilomètres, en fin de matinée, je suis arrêté par une escouade de policiers qui contrôlent mes papiers et passent aux questions habituelles : qui je suis, d’où je viens, où je vais… J’explique. Un fonctionnaire zélé appelle une autorité. On m’offre le thé. On attend. On m’embarque au siège de la police. En 4/4. Un autre 4/4 nous escorte.  Le siège est gardé par un blindé en position à l’entrée et un mur d’enceinte. Fouille méthodique du sac. On monte au troisième étage. Un corridor. Un planton. On m’offre à nouveau du thé. A côté, une porte s’ouvre et se ferme au rythme d’un carillon électronique sur un fond musical assez cocasse, l’air de « I wish a Merry Christmas,  I wish a Merry Christmas.... » On vient me chercher. On m’amène dans le bureau du chef, une sorte d’Obélix oriental, massif, souriant et soufflant... Il parle un excellent anglais.

 

Deux collaborateurs, une TV allumée et le ballet des factotums préposés au thé participent d’une atmosphère des plus affairées. Le kebir (patron) m’explique qu’aujourd’hui, le 25 janvier, est la date anniversaire de la révolution en Egypte et que marcher dans ces conditions est extrêmement dangereux. On passe au crible mes photos, les points d’entrée et de sortie de mon passeport. Je leur montre ma crédentiale pour crédibiliser ma déposition. On entre dans les détails. Le chef dicte son rapport à deux scribes qui boivent ses paroles. Des corrections sont apportées . On reprend. Cela ne finit pas...

 

Le chef de la police m’explique que pratiquement jamais un touriste ne vient dans cette région – ce que je comprends aisément –, et qu’il y a surtout plein de « bad guys » dans le désert. (J’ai appris par la suite que beaucoup de personnes recherchées par la police viennent s’y refugier, et que je représentais donc à leurs yeux un haut risque de hijacking).

 

Injonction m’est donnée de prendre un transport jusqu’au carrefour d’El Kantara ; le chef me dit que malgré la sympathie que l’on me témoigne, il serait désolé que l’on ait à me ramener à lui. Le tout à l’orientale, très souriant, accueillant et tout et tout, avec de chaleureux « Welcome in Egypt ! »  Bon ! J’ai compris le message.

 

Un fonctionnaire me raccompagne à l’hôtel et attend que tout soit réglé avant de partir. Sept heures se sont écoulées depuis que ma marche a été interrompue. Je suis épuisé par toute cette pression, et surtout affamé.

 

Le Canal : une zone stratégique très surveillée

Le lendemain en me dirigeant vers la station de minibus locale, j’essuie quelques jets de pierres de la part de gamins malhabiles. Finalement, j’arrive en bus au point de jonction du Canal de Suez et du bac permettant de traverser le canal. Check point, bien sûr. Sous la gouverne de l’armée cette fois. Je prends une photo d’un cargo. Les ennuis recommencent. On me fait asseoir. Téléphone à l’autorité. Transfert en bac de l’autre côté. Deux 4/4 m’y attendent. On se met en route. Direction sud. Nous arrivons au nord d’Ismaëlia dans un villa discrète, siège de la sécurité militaire. Je suis interrogé par le responsable de la sécurité du canal, un colonel du service de renseignements. Nous sympathisons. Il me fait part de sa visite à Paris où il s’est rendu lorsqu’il était en poste à l’ambassade de Prague comme attaché militaire. Il me parle de Paris, de la Tour Eiffel, de l’Arc de Triomphe, du Louvre, du Sacré-Cœur, mais surtout de Disneyland où il est resté 3 jours. Il s’excuse du zèle de ses collaborateurs mais précise que le canal est une zone stratégique, qu’il y a donc un grand risque d’attentat et que la zone est de ce fait très surveillée.

Pas question de camper !

Je reprends ma marche vers El Kantara en début d’après-midi midi. Un autre hôtel bon marché et sommaire où je suis le seul client. Le lendemain je reprends la route en direction de Port Saïd que j’ai prévu de rallier en deux jours. Longue route plate avec pour attraction la noria des cargos qui flottent au dessus de ce pays plat. Autre contrôle de police le long de la route par une équipe de deux véhicules. On me demande de monter à bord. Nous avançons de 15 km en voiture, pour, me dit-on, me protéger, car dans cette zone le risque « of being fired » est réel.  En fait on voulait tout simplement éviter que je campe dans la zone du canal. Se déplacer à pied demeure en soi assez suspect. Pour ce qui est de camper, c’est non !

 

De Port Saïd à Damiette

Arrivée à Port Saïd par la zone ouvrière et lépreuse de la ville. Nouveau contrôle. Des blindés sont en position aux check points. C’est dimanche. Un sri lankais, Mahinda, me dit que le quartier que j’ai traversé offre de vrais risques d’agression... Je trouve un hôtel dans le centre ville après avoir traversé un alignement continu d'immeubles sans caractère.

Le lendemain reprise du chemin vers l’ouest . J’ai maintenant hâte de terminer. Le paysage est assez monotone le long d’un marais côtier ponctué par des installations pétrolières de type raffinerie, et des torchères qui s’affichent à l’horizon. Campement dans une zone très humide.

 

Reprise du chemin en direction de Damiette. Cette fois l’hôtel est à peu près confortable. Je me rends au marché et en profite pour faire le plein de dattes et de corn flakes, ma nourriture de base faute d’un ravitaillement régulier. Elle me permet de tenir le coup.

Passage, le lendemain matin, par la zone portuaire. Invitation à boire le thé. Les bas côtés de la route sont assez boueux. La route longe une lagune côtière parsemée de canaux. J’aperçois des petits groupes de pêcheurs tirant des filets.

 

Négociation en deux temps

 

Arrivée a Gamassa, ville côtière servant de villégiature aux moins fortunés. Aux abords de la plage, des blindés. Les hôtels indiqués sont tous fermés. J’essaie l’hôtel Beau Rivage, mais on m’indique qu’il est fermé lui aussi. Un peu plus loin, un gardien qui fait du jardinage à l’entrée d’un hôtel désaffecté, me propose, après négociation et moyennant finances, un lit dans une chambre crasseuse. Je déploie ma cape et le sac de couchage, Arrive alors une vielle femme, sa femme, qui me fait comprendre que je dois partir immédiatement. J’acquiesce sous réserve que l’on me rende mon passeport et le montant négocié. Longs palabres dans le couple avant qu’on me rende mon passeport et, à contrecœur, le montant que j’ai remis pour ne pas coucher dehors. Le vieil homme est triste, mais il me fait comprendre que les femmes…

 

Welcome !

 

Je quitte l’endroit à la nuit tombée et traverse, pour rejoindre la route principale, des quartiers populaires plongés dans une totale obscurité. Un motocycliste me propose de camper sur un terrain vague à l’écart d’un petit chantier naval. Je ne me sens pas du tout en sécurité et décide de reprendre la route. Au bout de 10 km j’aperçois un mur vide le long d’un chantier de montage de pipeline tout près de la côte. Il n’y a personne derrière le mur. Peu rassuré, je plante la tente et parvient à m’endormir. Au petit matin, j’aperçois un âne, puis une vache, puis un enfant, puis des bergers. Cela me rappelle quelque chose... Mais avant que je ne tombe dans le délire du syndrome de Jérusalem ou de Béthléem, un vieil homme responsable du campement, aux allures de chef, qui a appelé la police, me propose de prendre le petit déjeuner avec les ouvriers de petrojet et d’attendre...

On attend longtemps. Finalement deux véhicules arrivent. Retour à  Gamassa. Curieusement  cette ville ne figure sur aucune carte. Nous arrivons à un bâtiment servant de QG de l’armée. Je suis reçu par le général commandant la place, Issam Al Saïd. Il est courtois mais parle mal l’anglais. La conversation se fait en partie par une femme dont l’anglais est approximatif. Il comprend qu’il faut une autre méthode ; arrive un capitaine qui parle un anglais correct. Aux questions habituelles, les réponses sont maintenant bien rôdées. On m’offre le thé et je repars. Une heure plus tard, sur la route, deux véhicules de l’armée mandatés par l’autorité, avec un responsable à bord, me font faire un peu de poussette en m’intimant de monter et en me déposant à 25 km en amont ; cela sous prétexte que je ne me perde pas et que je sois bien sur la route d Alexandrie. Les sirènes hurlent et je suis débarqué avec de chaleureux « Welcome. ! »

 

Face au vent

Apres une journée de marche assez monotone, j’arrive dans la soirée près de Baltim, une succession de villégiatures qui n’aurait pas déplu à Marguerite Duras. Le lieu est désert, mais un hôtel est ouvert ; on me traduit son nom : Cleopatra. Dans ce lieu, j’ai gite et repas.

 

Je continue la route. J’ai dû attendre que la pluie cesse. Le vent de traverse, sur la face, est pénible. Le paysage est assez monotone. Je longe une zone désertique et sableuse ponctuée par des installations pétrolières et un oléoduc en construction. En amont du lac Burullus, à la sortie d’un village, je trouve un endroit pour camper. Le vent souffle. Le ciel est très nuageux et menaçant avec quelques gouttes de pluie, mais rien ne se passe.

Le lendemain, le vent souffle toujours ; peu de pêcheurs sont sortis. La route croise un petit chantier naval près d’un pont enjambant un canal. Arrêt dans la seule station service. Je refais le plein. Un militaire se présentant comme intelligence officer me contrôle. Je décline mon identité sans oublier de mentionner mes nouvelles relations avec le général commandant le secteur. L’information est rapidement vérifiée. Des « Sorry ! » et des « Welcome in Egypt ! » clôturent des relations qui sont restées sympathiques et courtoises. J’en arrive presque a m’amuser de ces situations qui marqueront la fin de mon voyage.

 

Rosetta

En fin de journée, arrivée à Rashid, ou Rosetta, éloignée de la route de près de 4 km et située dans uns belle palmeraie. Petite visite au bord du Nil près du port où se trouve une copie de la pierre de Rosette. Le Nile Hotel, assez limite, et très bon marché, m’offre un chaleureux accueil. J’ai trouvé un petit restaurant de pêcheurs et en profite pour prendre un bon plat de délicieuses gambas géantes juste en face des grands bateaux de pêche en haute mer qui sont amarrés le long du Nil.

Au bonheur du photographe

Au petit matin, un magnifique lever de soleil.  Ce sera mon avant-dernier jour de marche. Durant la journée le temps devient clément et, cerise sur le gâteau, le vent est tombé. J’ai aussi le plaisir de voir et de photographier des oiseaux (Ibis, huche, petits oiseaux à tête de punk…), des mouvements de charrettes le long des palmeraies, et des agriculteurs dans les oasis du delta. La vie quoi...

 

Le soir, campement en bordure de la palmeraie et de la route, dans les réserves où se prolongera l’oléoduc reliant Port Saïd à Alexandrie.

 

« Mais tu es à Alexandrie ! »

La dernière nuit est très froide et humide ; tout est trempé ; le réveil est difficile. Je passe la pointe du village d Abu Kir et trouve un chemin le long du canal en bordure de route. Un homme barbu d’une quarantaine d'années m’invite chez lui et me présente à sa famille, pas à sa femme... Il examine très attentivement ma crédentiale et semble rêver. Il est ingénieur chimiste et, vous l’avez compris, également bon musulman. Je lui demande combien de temps il faut pour arriver a Alexandrie. « Mais tu es a Alexandrie ! » me répond-t-il. Je marche quelques kilomètres et arrive au bord de la mer, à Miami Beach, point d’arrivée. La nuit est tombée. Je me dirige vers l’hôtel New Capri au centre ville. Ça y est ! C’est fini ! Je peux poser mon sac ! Sentiment mitigé.

Nouvelle posture

Les premiers pas dans cette nouvelle posture seront consacrés au séchage, au lavage et à la remise en forme. Je viens d’apprendre que ma nièce vient de mettre au monde une petite

Adèle qui est née aussi un 7 février, avec, je l’espère, un beau profil de voyageuse.... Magnifique, Julie !

 

Ce voyage est le vôtre !

Merci à vous tous. Ce voyage est le vôtre : vos messages, exprimés ou non, mais ressentis, m’ont véritablement transporté tout au long de la route !

 

Matthieu de Lamarzelle , Alexandrie, le 8 février 2012

 

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Marche vers Assise

Du samedi 21 septembre au dimanche 29 septembre 2013.

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COMPOSTELLE-CORDOUE, Marche et Rencontre

L'ouvrage collectif, COMPOSTELLE-CORDOUE, Marche et Rencontre vient de paraître aux Editions Saint-Augustin.

Voir la présentation de l'ouvrage dans la rubrique "Lecture".

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